L’âme de l’arrière-pays 10 octobre 2025
On dit que la nature guérit; je pense qu’elle permet aussi de se découvrir. Après une des années les plus difficiles de ma vie, je me suis à nouveau sentie attirée par l’arrière-pays du parc provincial Killarney, en Ontario. Je l’appelle désormais mon refuge spirituel. Chaque fois que j’y retourne, j’ai l’impression de rentrer chez moi, et chaque excursion en solo au cœur de ce parc est à la fois un moment de réflexion et de libération.
L’eau est le fil conducteur qui me guide. À l’aube, je pagaie sur des lacs miroitants, je glisse sur des ruisseaux bordés de lobélies cardinales et de quenouilles, et je me repose près de marécages peuplés de grenouilles, de tortues et de hérons. J’ai vu le reflet d’étoiles dans l’eau calme et senti le vent souffler sur les lacs, mettant à l’épreuve mes compétences de pagayeuse… et mon vocabulaire!
En tant que femme, partir seule dans une région reculée suscite encore parfois des regards interrogateurs. Mais pour moi, il ne s’agit pas de prouver quoi que ce soit. Mon intention est de me rappeler qui je suis au-delà du bruit. Je pagaie dans le silence. Là-bas, je ne suis ni une aidante ni une experte dans la résolution de problèmes. Je suis juste une pagayeuse, une amatrice de nourriture déshydratée, et j’observe silencieusement les castors qui semblent un peu agacés par ma présence.
Ces excursions sont exigeantes. Les portages sont longs, les insectes peuvent être implacables et le temps imprévisible. Parfois, un visiteur inattendu croise mon chemin, comme une gélinotte huppée qui semble avoir une dent contre mes pieds. Mais c’est justement ce que je cherche. Faire quelque chose d’exigeant oblige mon esprit à se calmer. Je me mets au diapason des sons de la forêt et du ruissellement de l’eau. Je me sens ancrée, compétente et calme. J’affronte le poids des choses, et ce faisant, j’allège le fardeau. Les terres et les eaux de Killarney m’apportent un réconfort que peu d’endroits peuvent m’offrir. Et chaque fois que je les quitte, je ramène chez moi un peu plus de paix.