Gestion d’espèces envahissantes : espoir, perspectives et sensibilisation  février 26, 2026

Justin Kreller
Réunion 2025 des membres du Programme de bourses de recherche en science de la conservation de la famille Weston (Photo NCC-CNC)
Réunion 2025 des membres du Programme de bourses de recherche en science de la conservation de la famille Weston (Photo NCC-CNC)

La première fois que j’ai participé à un bioblitz, c’est avec un sentiment un peu mitigé que j’en suis reparti. Pendant une heure, j’ai parcouru mon sentier préféré dans la banlieue de Sault Ste. Marie, en Ontario, pour documenter toutes les espèces que je pouvais trouver. Toutefois, pendant cette chasse au trésor naturelle, j’ai recensé davantage d’espèces introduites nuisibles, comme la renouée du Japon et l’alliaire officinale, que d’espèces bénéfiques et bien établies, comme le noyer noir. 

Renouée du Japon, Photo Justin Kreller

Ce n’est pas comme si je n’avais jamais remarqué ces espèces auparavant. J’ai plutôt fini par réaliser à quel point elles avaient transformé un sentier que je croyais si bien connaître. Ce constat a fait naître en moi un sentiment de vide, assorti d’une question qui me revenait sans cesse à l’esprit : est-ce que je pouvais faire quelque chose pour y remédier? 

Ce genre d’expérience est monnaie courante pour un scientifique en conservation comme moi. Quand ces sentiments d’inquiétude et de découragement m’envahissent, j’essaie de les transformer en changements positifs. C’est exactement ce qui m’a motivé à me joindre au programme de bourses de recherche en science de la conservation de la famille Weston en 2023 pour étudier la propagation de plantes envahissantes au Canada. La possibilité de mener des recherches à grande échelle avec une organisation comme Conservation de la nature Canada (CNC) était l’occasion pour moi de répondre à des questions clés sur la conservation de paysages prospères et de travailler à l’élaboration de solutions efficaces. 

Les espèces envahissantes comprennent de nombreux types d’organismes qui causent de graves dommages aux habitats situés hors de leur aire de répartition d’origine. Au Canada, les plantes ont été introduites en plus grand nombre que les autres groupes, et plusieurs centaines d’entre elles sont considérées comme envahissantes dans chaque province. Leurs impacts sont considérables; que ce soit en surface ou sous terre, ils se font sentir à tous les niveaux de l’écosystème, affectant tout, des espèces en péril aux processus critiques comme les régimes de feux et le cycle des nutriments.  

Compte tenu des circonstances, les espèces envahissantes représentent un défi de taille, mais qui peut être relevé avec la bonne attitude, des informations précises et les outils adéquats. Au cours des deux dernières années, j’ai développé un modèle de simulation informatique conçu pour générer des informations et des prévisions applicables à grande échelle concernant la propagation de plantes envahissantes. Ce modèle intègre un large éventail de variables, allant des conditions environnementales aux réseaux d’infrastructures, susceptibles d'influencer la façon dont les plantes envahissantes se propagent à travers les paysages. 

Photo: Justin Kreller

Comprendre ces facteurs permet non seulement d’expliquer les invasions antérieures, mais aussi de donner aux groupes de conservation les moyens d’agir de manière proactive. En disposant de meilleures informations, ces spécialistes peuvent prendre des décisions éclairées quant à l’acquisition et la protection d’habitats, et mettre en œuvre des mesures de restauration et de gestion fondées sur des faits. Bien que les gestionnaires de terres jouent un rôle à chaque étape du processus de gestion des espèces envahissantes, le grand public contribue de manière indispensable dès la première étape : la prévention. En effet, tout comme l’entretien préventif d'une voiture, il est toujours moins coûteux et plus simple de prévenir la propagation que d’essayer de réparer un système qui a été compromis.  

C'est pourquoi, chaque année en février, nous célébrons la Semaine de sensibilisation aux espèces envahissantes (SSEE). Reconnue par des groupes environnementaux à travers le pays, la SSEE est un événement important non seulement pour la communauté de la conservation, mais aussi au-delà. Elle est l'occasion pour le public de s'informer sur les impacts des espèces envahissantes et permet aux scientifiques et aux praticien(ne)s de partager leurs connaissances et leurs meilleures pratiques. 

Justin devant un peuplement de roseaux communs (Photo Justin Kreller)

Personnellement, la SSEE a toujours contribué à renforcer ma détermination. Elle me rappelle que je fais partie d’une communauté vaste et enthousiaste à la recherche de solutions. Elle est composée d’un si grand nombre de personnes qui ont à cœur de s’attaquer à ce problème majeur et qui n’ont pas peur de voir grand. Cette énergie collective est rassurante, surtout quand on passe des heures à faire de la modélisation informatique et qu’on a l’impression que le problème est insurmontable. 

Je vous invite à participer à la Semaine de sensibilisation aux espèces envahissantes, qui aura lieu cette année du 23 février au 1er mars. En retenant ne serait-ce qu'un seul enseignement et en le mettant en pratique tout au long de l’année, vous pourrez vous joindre à moi et à tant d’autres pour relever ce défi que représentent les espèces envahissantes. Nous avons tous un rôle à jouer dans la gestion de la propagation des espèces envahissantes, et au fil du temps, nos actions collectives finissent par s’additionner et porter leurs fruits.

Voici quelques mesures significatives que vous pouvez prendre : soutenir une banque de semences à but non lucratif près de chez vous ou acheter des plantes locales dans un centre de jardinage ; suivre les meilleures pratiques PlayCleanGo pour éviter de propager des insectes, des plantes et des graines envahissants lorsque vous voyagez ; et utiliser des applications de science participatives comme iNaturalist pour identifier et signaler les espèces présentes dans votre région. Quelle que soit votre décision, la nature et d’innombrables conservationnistes en seront reconnaissants. 

À propos de l'auteur ou de l'autrice Justin Kreller