Réensauvagement de la plaine inondable de Brooms Brook dans la vallée de Codroy, à Terre-Neuve-et-Labrador 15 septembre 2025

Larissa Dean
Brooms Brook après les travaux d’excavation (Photo Travis Cormier)
Brooms Brook après les travaux d’excavation (Photo Travis Cormier)

Le processus de réensauvagement

Des eaux cristallines coulent le long de Brooms Brook, depuis les majestueux monts Anguille, traversent un paysage luxuriant et se jettent dans la rivière Grand Codroy. Cette zone inondable, autrefois très vaste, a été modifiée par l’aménagement de routes, ce qui a malheureusement perturbé des services écosystémiques vitaux, notamment la gestion des inondations dans la région.

Ce territoire est devenu particulièrement intéressant aux yeux d’Ash Hall quand il s’est impliqué en tant que dévoué intendant bénévole des terres auprès de Conservation de la nature Canada (CNC). Son sincère intérêt pour la région et son expérience en tant que planificateur environnemental l’ont vite motivé à élaborer un plan de restauration détaillé pour le site. Ce plan a ensuite mené à son embauche comme biologiste de la conservation à CNC, ce qui a permis à l’équipe d’intendance de Terre-Neuve-et-Labrador de mettre en œuvre et de superviser l’important travail effectué sur le territoire.

Surveillance d'un cours d’eau, Vallée Codroy, T.-N.-L. (Photo Jennifer Sullivan)
Surveillance d'un cours d’eau, Vallée Codroy, T.-N.-L. (Photo Jennifer Sullivan)

« Travailler sur ce projet en tant que bénévole, le voir de l’extérieur ou partiellement de l’intérieur, puis l’étudier en profondeur de manière indépendante pour ensuite contribuer à sa mise en œuvre [du plan de restauration], a été une formidable expérience », se rappelle Ash.

L’approche adoptée pour restaurer ce territoire découle de la conviction d’Ash, qui considère que la meilleure façon de conserver des terres altérées est de les « remettre dans leur état d’origine » en « mettant en place certains éléments ou caractéristiques, et de laisser les forces naturelles se rétablir et faire la majeure partie du travail. » Ces efforts déployés à grande échelle permettent de remettre le territoire dans son état naturel, au lieu de forcer sa restauration dans le but de l’améliorer du jour au lendemain.

C’est donc ainsi que le processus de réensauvagement a commencé. Il était évident pour Ash que cette région ne se limitait pas à des terres agricoles abandonnées, mais qu’elle abritait aussi une riche biodiversité composée d’aires d’alimentation, de sites de nidification, de remontées de saumons et bien plus encore. Le sol y est fertile et riche, mais il est sujet à de fréquentes inondations causées par le détournement des cours d’eau qui cherchent à recouvrer leur flux naturel, ce qui inclut le ruissellement des eaux de fonte au printemps.

C’est donc là que le projet a commencé, avec les eaux vitales. Après avoir recueilli de nombreux commentaires et témoignages auprès de la population locale, de leaders autochtones et de membres du voisinage, et discuté longuement de l’historique du site, l’équipe a commencé par la restauration des éléments aquatiques du site. Des rigoles et des bassins ont soigneusement été creusés en suivant la configuration existante du réseau de drainage, en veillant à imiter le tracé naturel des cours d’eau et des berges.

Le sol, dense et compact, a été creusé de manière stratégique pour faire varier sa profondeur et favoriser la croissance de nouveaux végétaux. Les flux de crue, les sédiments et la végétation créent des variations naturelles dans le sol et la topographie. L’équipe d’intendance est enthousiaste à l’idée de continuer à faire le suivi de la santé du sol à mesure que le projet avance et que les processus naturels reprennent leur cours au niveau du sol et du site.

Plantation d’arbres à Brooms Brook (Photo Kristin Pope)
Plantation d’arbres à Brooms Brook (Photo Kristin Pope)

La prochaine étape a été de choisir les végétaux. Ash et l’équipe d’intendance ont méticuleusement sélectionné des arbres et arbustes indigènes locaux capables de résister à des conditions météorologiques défavorables. Des boutures d’arbres de la région reconnus pour leur résilience ont été privilégiées, puisqu’ils poussent naturellement et prospèrent dans cet environnement. Les conditions météorologiques imprévisibles sont progressivement devenues un facteur de plus en plus important à prendre en compte pendant l’élaboration du plan. De violentes tempêtes de vent, une chaleur écrasante en été et d’épaisses couches de glace en hiver affectent fréquemment le site.

Nullement découragé par la situation, Ash voyait plutôt ces facteurs naturels comme des composantes inhérentes au processus. « Les conditions météorologiques font partie intégrante du processus de réensauvagement, tout comme l’ensemble des forces qui se rencontrent sur ce site [...] elles entraînent des changements », dit-il.

En effet, les éléments naturels considérés comme destructeurs peuvent être perçus comme de précieuses occasions à saisir au cours du processus de réensauvagement. Les arbres tombent naturellement, surtout dans des régions où les conditions météorologiques sont extrêmes, comme dans la vallée Codroy, dont le relief est accidenté. Bien que cela puisse être perçu comme la perte d’un arbre vivant, cela marque aussi la naissance d’un nouvel habitat. En effet, les racines déterrées pourront nourrir des insectes, des animaux pourront utiliser les troncs des arbres tombés comme abri et les feuilles qui étaient auparavant hors de portée pour des espèces de petite taille pourront désormais leur servir de sources de nourriture ou les abriter.

Cette collaboration continue entre les humains et la nature est au cœur du processus de réensauvagement. Il se peut que des castors et des belettes viennent perturber les arbres nouvellement plantés, mais, puisque cela se produit dans la nature, on assiste à une réaction en chaîne : le castor peut bâtir son barrage et répandra par la même occasion des graines et de riches matières organiques à travers l’habitat.

Interrogé sur les espèces nuisibles présentes sur le site, Ash s’est empressé de se porter à la défense des habitants naturels de la région. « Si les castors utilisent les arbres que nous avons plantés, notre projet est-il voué à l’échec? Je dirais que non. Au contraire, je dirais que cela fait partie du cycle naturel du site », affirme-t-il. La flore et la faune locales contribuent au cycle de réensauvagement en enrichissant le sol, ce qui favorise la croissance d’autres végétaux et la présence d’autres animaux qui viennent utiliser les ressources que procure l’habitat.

L’équipe de réensauvagement continue à tenir compte des risques à long terme pour le processus prévu en ne mettant pas en œuvre des mesures qui pourraient se révéler très dommageables pour le site. Chaque intervention est minutieusement planifiée et chaque organisme est considéré dans son ensemble. Cela inclut la collectivité locale. Une réduction des inondations contribuerait à la santé de l’habitat tout en améliorant la résilience des infrastructures routières.

Bien que le processus de réensauvagement de Brooms Brook n’en soit qu’à ses débuts, il se poursuit. Le site fait l’objet d’une surveillance périodique, et Ash est enthousiaste à l’idée de nous tenir au courant des progrès réalisés alors que la nature reprend le dessus sur le sol autrefois compacté.

Merci à la Wildlife Division, au Fisheries, Forestry and Agriculture Department, et à la Stewardship Association of Municipalities, pour leur aide lors de la journée de plantation.

La planification de ce projet continue de s'appuyer sur les commentaires recueillis lors de discussions avec les membres de la communauté.

Le projet de restauration de Brooms Brook a été financé par le Fonds des solutions climatiques axées sur la nature et la Fondation TD des amis de l’environnement.

À propos de l'auteur ou de l'autrice Larissa Dean