Mélodie des prairies : L’importance de la gestion des pâturages novembre 26, 2025
Avant l’installation de clôtures et la pratique intensive d’activités agricoles, des troupeaux massifs de bisons parcouraient les prairies du Canada. Leurs habitudes de pâturage n’étaient pas régulières. Ils se déplaçaient, se reposaient et revenaient, formant ainsi une mosaïque de végétation basse et haute qui créait un mélange dynamique d’habitats abritant d’innombrables espèces.
Aujourd’hui, le bétail les a largement remplacés. Leur gestion (quand ils paissent, pendant combien de temps et à quelle intensité) permet de déterminer si le territoire conservera sa diversité et sa résilience ou s’il deviendra uniforme et déséquilibré.
Dans le cadre de ma maîtrise à l’Université de Saskatchewan et du programme de bourses de recherche en science de la conservation de la famille Weston avec Conservation de la nature Canada (CNC), j’ai comparé l’influence du pâturage des bisons et du bétail sur les oiseaux chanteurs et la végétation des prairies dans l’aire de conservation des prairies patrimoniales Old Man on His Back dans le sud-ouest de la Saskatchewan. Ce que j’ai découvert est simple, mais très important : le territoire a besoin de diversité.
Les prairies en meilleure santé et les communautés d’oiseaux les plus diversifiées se trouvaient là où le pâturage créait une diversité de conditions à travers le paysage. Les zones pâturées par les bisons abritaient un plus grand nombre d’espèces d’oiseaux comme le bruant de Brewer, l’alouette hausse-col et le bruant vespéral. En revanche, les zones pâturées par le bétail abritaient davantage de bruants de Baird, de pipits de Sprague, de bruants des prés et de sturnelles de l’Ouest. Pour en savoir plus sur mes recherches, visionnez cette vidéo.

Mon histoire
Pour moi, tout a commencé avec la mélodie des prairies et le chant d’une sturnelle à l’aube. C’est ce chant qui m’a fait passer de la selle aux sciences, et en cours de route, j’ai réalisé qu’ils racontaient la même histoire.
Parallèlement à mes études, je suis éleveuse de troisième génération et je vis et travaille sur le ranch de ma famille. J’aide à gérer les opérations aux côtés de mon père, de mon mari et du reste de ma famille, des personnes qui ont consacré leur vie à prendre soin de ce territoire.
En transmettant mes connaissances, et en établissant un lien entre l’élevage et la conservation, j’espère aider d’autres éleveurs et gestionnaires fonciers à comprendre que la conservation est intimement liée à notre travail et qu’elle en fait même partie.

Mes recherches m’ont appris que si le silence s’installe dans la prairie, c'est que le territoire est en déséquilibre. Les oiseaux chanteurs sont les messagers de la nature et leur présence est indicatrice de la bonne santé de l’herbe, de la profondeur des racines et de la résilience du fourrage. Leur absence nous signale que quelque chose ne va pas.
Quand on tend l’oreille, ils nous informent sur le territoire dont nous dépendons.
Depuis des générations, les éleveurs sont les gardiens de ces paysages. Toutefois, les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui diffèrent de ceux auxquels nos grands-parents ont dû faire face. En effet, les étés plus secs, les changements dans les habitudes alimentaires du bétail et la disparition des prairies indigènes nous obligent à faire preuve de souplesse dans notre gestion du pâturage.
Ce que nous pouvons faire
- Contribuer à la protection des prairies indigènes : préserver l’intégrité des pâturages indigènes est l’une des mesures de conservation les plus efficaces qu’un éleveur puisse prendre.
- Privilégier la diversité : varier l’intensité du pâturage, sa durée et les périodes de repos. Une gestion diversifiée crée un habitat diversifié qui permet de répondre aux besoins du bétail et des espèces sauvages.
- Observer et écouter : prendre note des oiseaux présents sur votre terre. Leur présence ou leur absence nous renseigne concrètement sur le fonctionnement du territoire. Pour en savoir plus, cliquez ici (en anglais).
- Collaborer : travailler avec des organisations comme CNC, des spécialistes du pâturage, des chercheurs et des voisins. Faire part des réussites et des enseignements tirés des différentes approches en matière de pâturage.

Un avenir commun
La conservation et l’élevage ont des objectifs qui ne se font pas concurrence. Ils partagent la même mission : préserver la prospérité et la productivité des milieux de prairie pour les générations futures.
Lorsque les éleveurs pratiquent un élevage respectueux de la nature, ils font plus que produire de la viande bovine : ils contribuent à façonner la biodiversité, la santé des sols et la résilience de tout un écosystème.
Pour ma part, j’imagine une prairie qui bourdonne de vie : de l’herbe en pleine santé, un ciel animé par le chant des sturnelles de l’Ouest et une communauté d’éleveurs qui soutient la population et le territoire. Voilà un avenir des plus prometteur.
Ce projet de recherche a été rendu possible grâce au généreux soutien de la Fondation de la famille Weston, qui finance le Programme de bourses en science de la conservation de la famille Weston de Conservation de la nature Canada.